Article – Thierry Dagon

Président, directeur, deux mots qui, dans l’inconscient collectif, font plutôt penser à une entreprise internationale qu’à une chorale de chez nous. Deux mots bien familiers sans qui le chant en groupe serait difficile. Président, directeur, des compétences bien différenciées pour un but commun.

Dans un chœur, bien des choses vont par deux. Pour chanter, il vaut en effet mieux avoir deux cordes vocales. Deux oreilles sont nécessaires, même si, parfois, l’on est en droit de se demander si tous les choristes/chefs sont dotés de ce précieux organe. Deux poumons avec deux narines pour les remplir afin de chanter « C’est nous les gars de la narine » (c’est ridicule, mais j’assume). Mais pour qu’une chorale fonctionne bien, il faut un/e président/e et un chef qui connaissent leur boulot. Oui, je sais, j’ai omis de mettre chef au féminin. Il y a d’excellentes directrices qui sont d’excellents chefs de chœur, je refuserai donc d’écrire cheffe, mot qui est d’ailleurs à juste titre souligné en rouge sur mon écran d’ordinateur. Malgré leur différence de statut, et grâce à cette différence, le président et le chef de chœur forment le tandem directeur du chœur. Dans l’idéal, ils constituent l’équipe la plus soudée du groupe. Chacun d’eux a le dernier mot dans sa sphère de compétences. Chacun d’eux représente l’une des deux faces du choeur. Le président personnifie la forme, le contenant, le véhicule, le corps. Le chef de chœur personnifie le fond, le contenu, l’objet véhiculé, l’âme. Ils se complètent et dépendent l’un de l’autre pour la vie du chœur. L’un est directeur administratif, l’autre directeur musical. Ils se consultent et coordonnent leur action pour la bonne marche du projet musical. Considérée en terme de partenariat, cette bipolarité s’avère salutaire pour le chœur.

Le bon président (la bonne présidente)
Un homme (ou une femme) qui connaît bien le fonctionnement de la chorale pour l’avoir pratiquée pendant de nombreuses années, le président est souvent, dans la vie active, un cadre dynamique qui à l’habitude de prendre des décisions. S’il ne fait pas lui-même de la politique, il tutoie tous les élus. Son carnet d’adresses s’avère très utile pour l’aspect pécuniaire du chœur. Personnage respectable et respecté, s’il était plus jeune (l’expérience étant souvent liée à l’âge), ce serait le gendre idéal (ou la belle-fille idéale, j’arrête là la féminisation de cet article, le nombre de signes typographiques m’étant compté). Il a une bonne présentation, la tenue la plus décontractée sera certes un polo, mais de marque. Les chevelus en survêtement avec piercing à la narine ont peu de chance d’hériter de la fonction. Il est honnête et intègre, les choristes doivent pouvoir s’y fier. Personne simple et proche des gens, le président sait écouter ses interlocuteurs, entendre leurs doléances, analyser les problèmes, définir les objectifs, planifier les actions et en fin de compte mener à bien ses projets personnels en ne tenant compte de l’avis de personne. Donc le président doit être entêté. Cependant un obstacle subsiste, le chef de chœur! Et c’est bien là le drame du président car il doit savoir humblement s’effacer devant le maestro au moment de recueillir les fleurs du succès car, malgré ses responsabilités, le président ne tient pas la baguette ! Cependant le président saura se rattraper et briller en particulier quand il fera des discours. …

Le bon chef de chœur
Le chef de chœur rayonne sur ses ouailles, se pavane parmi sa cour. Caractériel, il s’enflamme volontiers au moindre couac, devient tout rouge en piquant des colères noires. Les choristes rient jaune. Mais ces emportements sont pour le bien de la collectivité. Capricieux, il change souvent d’avis.  Il est quelquefois bizarre mais c’est un artiste.  Qu’il soit devenu chef par vocation, par un concours de circonstances ou par le plus grand des hasards, qu’il soit chanteur sur le déclin ou jeune prof de musique, qu’il soit bénévole ou rémunéré, il est avant tout un être travailleur, un utopiste ambitieux et surtout un homme extrêmement patient. Pour accomplir sa tâche il doit avoir un moral très solide. Mais le chef est démoralisé. Parce que, souvent, il a un côté narcissique et, à cause de cela, il est désolé que le public ne le voie que de dos. Parmi ses nombreuses responsabilités, nous citerons en vrac, le recrutement des choristes, le choix du répertoire, l’élaboration d’une saison équilibrée, l’organisation des répétitions, l’animation du groupe.  Il doit être un bon communicateur. Bref un vrai chef de chœur est tout cela à la fois : sélectionneur, entraîneur, soigneur, éducateur, psychologue, psychiatre… Et, en plus, il doit être musicien. Alors qu’on l’aime ou qu’on ne le supporte pas, qu’il soit respectueux ou insultant, sympa ou mal embouché, qu’il suggère la musique ou que l’on ne comprenne rien à sa battue, le chef est le chef, il faut lui obéir : un point c’est tout !